Je me souviens de mon premier Noël au Caire. Le 25 décembre, pas de sapins sous la neige, mais des palmiers dans la poussière et le soleil. Comme chaque matin, les écoliers prennent le chemin de l’école, les taxis klaxonnent, et les ouvriers attendent qu’un employeur leur propose une journée de travail. Noël ? Pour la ville tentaculaire, c’est un jour comme un autre. Rien ne laisse deviner qu’« un enfant nous est né ».
Mais après tout, le premier Noël ressemblait peut-être davantage au Caire qu’à nos rues illuminées. À Bethléem aussi, la vie continue. On mange, on travaille, on dort. César recense son empire. Les auberges sont pleines. Quelques bergers surveillent leurs bêtes. Et dans le secret d’une famille, Dieu vient de naître.
L’événement le plus immense de l’histoire commence dans l’intimité la plus complète, à l’insu du monde. Nous rêvons souvent que Dieu manifeste sa gloire au monde entier. Mais à Noël, il la confie seulement à Marie, Joseph, et quelques bergers. Dans le fourmillement du Caire qui ne se doute de rien, j’éprouve alors une joie étrange : celle d’être dans la confidence. Comme les bergers, nous avons été avertis : sous la banalité de cette nuit se cache l’inouï. Dieu ne fait pas irruption pour s’imposer à tous les regards dans un son-et-lumière grandiose. Il se révèle à quelques-uns et se laisse reconnaître. À Noël, nous nous retrouvons dans la confidence du secret de Dieu.
Cette nuit-là, Dieu n’a pas demandé au monde de s’arrêter. Le cri du nouveau-né passe inaperçu. Emmanuel, Dieu-avec-nous, naît incognito. Aujourd’hui encore, il doit prendre vie dans le réel de mon quotidien, de mes proches, de ma communauté. Le secret de Noël n’a peut-être pas changé : Dieu est là, « il vient demeurer chez moi ». Et c’est le secret de la joie.
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