Sur l'encadrement de la porte, au crayon, les traits d'une enfance : un mètre deux, un mètre dix-huit, un mètre trente. Grandir, c'est monter d'un trait chaque année. Nous ne savons pas mesurer autrement. Jésus, si.
« Personne ne s'est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. » Comment dépasser le plus grand des prophètes ? Pas en montant : en descendant. Chez Matthieu, la règle revient partout. « Les derniers seront premiers. »* « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. »** « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie. »*** Lui-même naît dans une mangeoire et meurt sur une croix.
L'abbé Huvelin disait : « Depuis que le Christ a pris la dernière place, on ne peut plus avoir que l'avant-dernière. »
Qu'on ne s'y trompe pas : ce n'est pas un éloge de la timidité ni de la peur des responsabilités. Descendre demande plus d'audace que monter, parce qu'il faut accepter de se perdre : « celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. »**** C'est la logique de Pâques, en plein Avent. Et le royaume des Cieux « subit la violence, et des violents cherchent à s'en emparer »*****: il ne se donne pas à qui le regarde de loin, mais à qui ose risquer sa vie.
Jean-Baptiste, pendant qu'on parle de lui, est en prison. Il donnera sa vie. Veiller, en cet Avent, c'est chercher la place que le Fils de l'homme a prise avant nous : celle du plus petit, du serviteur. Et elle est toujours libre.
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