Nous sommes d’étranges jardiniers. Quand nous regardons la terre, nous ne voyons que ce qui n’a pas poussé. Ici, une foi desséchée. Là, une vocation qui tarde. Ailleurs, la paix qui ne prend pas. Jésus, lui, regarde les mêmes foules désemparées et s’écrie : « La moisson est abondante. »
Voilà le regard du Dieu qui jardine : là où nous voyons un terrain en friche, il voit déjà ce qui mûrit.
La grâce, on l'imagine volontiers comme un cadeau : quelque chose que Dieu dépose entre mes mains. L’Évangile la montre plutôt comme une semence. Un cadeau reste ce qu’il est. Une semence, elle, travaille. Elle fend la terre, cherche la lumière, porte du fruit. La grâce de Dieu n’est pas seulement généreuse : elle est féconde.
Et Dieu sème avec une prodigalité de mauvais jardinier. Il ne réserve pas sa semence aux bonnes terres bien préparées. Il en jette partout. Même dans nos cailloux. Même dans nos déserts. Puis il nous délègue aux travaux du jardin pour prendre soin de ce qu’il a fait naître. La pénurie d’ouvriers ne révèle pas une grâce rare, mais une grâce surabondante : il y a du travail. Silence, ça pousse !
Nous ne sommes pas chargés de fabriquer les fruits de Dieu. Seulement de reconnaître qu’ils mûrissent – y compris là où nous n’aurions jamais pensé à regarder.
C’est peut-être cela, attendre pendant l’Avent. Non pas patienter parce que Dieu tarde. Mais apprendre à voir ce qui, silencieusement, arrive déjà à maturité. Nous n’attendons pas parce que rien ne se passe. Nous attendons parce que quelque chose mûrit.
Alors regardons mieux. En nous. Autour de nous. La grâce nous précède. Dieu a semé abondamment. Ne laissons pas sa moisson sur pied.
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